ABZAC
LE PASSAGE DE CATHERINEAU, SUR L’ISLE, entre Abzac, Coutras et Saint-Médard-de-Guizières
Il existait sur l’Isle un point de traversée de la rivière très important, aujourd’hui complètement oublié : le port et passage de Catherineau. A la frontière de 3 paroisses, Abzac, Coutras et Saint-Médard-de-Guizières, marquant la limite de 2 seigneuries, Fronsac et Puynormand, et au point de jonction de plusieurs chemins stratégiques, cet endroit a connu une histoire étonnante. Le premier document connu remonte à 1477 à l’occasion d’un procès pendant devant la chambre de comptes de Paris. Le passage de Catherineau était un fief qui appartenait au seigneur de Fronsac. Les tenanciers de ce fief étaient plusieurs en indivision, ils payaient 20 sous tournois par an de redevance seigneuriale. Ils n’exploitaient pas le passage eux-mêmes mais le confiaient en fermage à un « passager » en échange d’un loyer annuel qui a varié de 60 à 120 livres au fil des siècles. Le passage de Catherineau était équipé de 3 bateaux : un grand, propre à passer les charrettes, une tercière et un petit bateau. Le passager était tenu de percevoir les « droits et rétributions » des particuliers qui traversaient. Chaque nouveau passager se voyait remettre les avirons, pelles, chaînes et cadenas avec leurs clés pour les 3 bateaux, par le syndic des tenanciers du passage. Seuls les tenanciers et leurs familles étaient exemptés de payer le droit de passage. Mais le 16 mars 1750, une ordonnance royale supprime la route du courrier de Paris qui passait par Coutras, et qui traversait l’Isle à Catherineau, en provenance de Libourne, pour créer une nouvelle route du courrier, dite de Limoges qui passe désormais par Saint-Médard-de-Guizières en empruntant la nouvelle route édifiée par l’intendant Tourny, ouverte dès 1749, l’actuelle RD 1089. L’une des conséquences, c’est la forte baisse de fréquentation du passage de Catherineau. Le fermier, Clément GOUTEYRON, qui paye 120 livres par an, va alors négocier un bail diminué de moitié. En 1785 Jean BRIEU, passager du bac informe les syndics qu’il n’y a plus de fréquentation au bac de Catherineau ! et qu’il souhaite cesse son bail. A compter de 1804, puis en 1820 c’est la préfecture qui pourvoi à la nomination de fermiers du bac de Catherineau mais la construction des ponts à Saint-Médard-de-Guizières (1843) et à Abzac (1848) vont à nouveau porter un coup dur à ce passage. A partir de 1893, la préfecture adjuge directement l’exploitation du bac aux communes d’Abzac, Coutras et Saint-Médard-de-Guizières, qui elle-même le re-adjugent au nommé TERRIEN. Cela dura au moins jusqu’en 1923. Aujourd’hui, cent plus tard, qui se souvient de l’aventure de la traversée de l’Isle à Catherineau ?
GARDORILE A ABZAC. QUAND CA VEUT PAS, CA VEUT PAS !
En pleine période révolutionnaire, l’Etat a un besoin criant de canons de marine. C’est dans ce contexte que Charles-Gilbert Romme inventeur du calendrier républicain est envoyé par le Comité de salut public en Dordogne et dans les départements limitrophes. Au cours de sa venue à Libourne en 1794, il entend parler du moulin d’Abzac. Arrivé sur place, il se rend compte des capacités de production du lieu : « considérant que l’abondance des eaux d’Abzac, l’étendue, la distribution et la solidité des bâtiments offrent de très grandes ressources pour l’établissement d’une fonderie de canons… arrête ce qui suit ». La reconversion du moulin à farine propriété de Gabriel de Goderville émigré en fonderie de canons est confiée à des techniciens et des charpentiers parisiens. Elle est prévue pour une capacité de production de 8 à 10 canons. Les mines d’Argentat en Corrèze doivent fournir le charbon via la Dordogne. Mais la fonderie Gardorile (Garonne, Dordogne, Isle) se retrouve rapidement sans combustible car une manufacture d’armes créée à la même époque à Bergerac le récupère. Le peu qui arrive à Gardorile, (c’est aussi le nom donné à la commune) est acheminé par des bouviers. Dix d’entre eux sont réquisitionnés à Guîtres pour transporter le charbon de terre. Ils doivent s’y rendre avec leur charrette et trois barriques défoncées par un côté. A la réquisition de transport s’ajoute celle des corps de métiers pour la construction de la fonderie, celle des métaux (ferronneries, outils, batteries de cuisine, horloge de l’abbaye de Faize) pour la fabrication. La fonderie crée un vif mécontentement dans la population. D’autant plus que la transformation du moulin en fonderie les prive de farine en ces temps de disette. Ironie du sort : l’inondation de juin 1795 emporte une partie de la chaussée du moulin. L’outil de production est inexploitable et la navigation sur la rivière est interrompue. Le moulin n’est qu’un chantier inachevé avec des tas de pierres, de tuiles et des échafaudages accrochés aux murs en construction. Romme n’est plus là pour voir ça. Condamné à mort par une commission militaire après l'invasion de l'Assemblée par des insurgés, il se suicide à Paris avec 5 autres “Montagnards” 20 jours avant l’inondation. Décidément quand ça veut pas, ça veut pas !
LE PETREAU à ABZAC : 4 ANS DE FOUILLES D’ UN SITE DE L’AGE DU FER
Et si on parlait un peu de préhistoire ? Dès 1935, Jean-André Garde, historien local, découvre, sur le site du Pétreau à Abzac, des traces d’anciennes habitations avec autour de nombreux fragments de poteries, des haches en silex poli, des percuteurs, des grattoirs, des pointes de flèches, des perçoirs. Ces objets sont datés du néolithique final, notamment de l’âge du fer de 800 avant JC à 100 après JC. Il publie un article dès 1937 dans la revue la société française de Préhistoire. En janvier 1979, les travaux d’agrandissement d’une carrière d’argile suivie d’une fouille clandestine détruisent une partie du site. C’est pourquoi entre 1979 et 1983, sous la direction de Danny BARRAU, archéologue, le GRAHC obtient les autorisations pour organiser 4 campagnes de fouilles de sauvetage afin de récolter, d’analyser et de dater précisément ces vestiges. Le Pétreau se situe sur un plateau dominant toute la vallée de l’Isle et de la Dronne qui s’étend sur environ 2 km. Différents points d’eau sont présents notamment le ruisseau du Palais et un ruisselet nommé le Cabossin. Ces éléments peuvent expliquer le choix de nos ancêtres lointains de s’y installer. Le site présente 3 fossés creusés à des époques différentes, du néolithique à l’époque gallo-romaine sans doute servant d’enceinte pour le lieu de vie. Plusieurs tranches de fouilles sont organisées de 1979 à 1981 sur différents secteurs du plateau. De nombreux éléments sont découverts : des céramiques de toutes les époques, divers silex, une monnaie de Constantin frappée à Trèves en 322, des grattoirs et perçoirs, des percuteurs, une anse de jarre. En 1983, à l’occasion de travaux de voirie sur la RN89, de nouvelles fouilles sont réalisées sur un secteur du plateau non étudié. Des trous de poteaux, un mur de soutènement et même un fragment de crâne humain attestent de l’installation de l’homme sur cette zone. Le mobilier recueilli (céramique, vase) est datable du 1er et du 2ème âge du fer. Les objets et traces de vie retrouvés sur le site du Pétreau attestent du lieu de vie d’hommes de la fin de l’âge du bronze et de l’âge du fer mais aussi le passage de la civilisation romaine. Aujourd’hui le site du Pétreau est en grande partie détruit, l’aménagement de la RN 89 et de l’autoroute, l’extraction des graves et l’exploitation de l’argile ont définitivement fait disparaître les vestiges.
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